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Prix article 2019


Loison Lerustre

PRIX de l’ECRIT SOCIAL 2019 - ARTICLE

Marie Loison-Leruste et Gwenaëlle Perrier, Les trajectoires des femmes sans domicile à travers le prisme du genre : entre vulnérabilité et protection

Cet article fait le pont de manière claire et précise sur la situation des femmes à la rue. Peu de

travaux sont consacrés spécifiquement aux femmes en situation d’exclusion, aussi bien à leurs trajectoires biographiques qu’à leurs modes de prise en charge institutionnelle et à leurs carrières de sans-domicile.

En s’appuyant sur des enquêtes approfondies et variées, les auteures montrent qu’en combinant les

analyses des enquêtes quantitatives et qualitatives on peut mettre en évidence que l’exposition des femmes sans domicile à la violence est plus forte par rapport à leurs homologues masculins, ainsi que l’ampleur de ces violences, pendant l’enfance, la vie adulte et durant leur carrière de sans-domicile. Ces femmes sont en particulier exposées à des violences sexuelles, perpétrées par des hommes de leur entourage.

Il s’agit donc souvent de violences fondées sur le genre. Ainsi, celui-ci constitue un facteur de vulnérabilité dans les trajectoires des femmes sans domicile, jouant un rôle déstabilisateur dans celles-ci, voire le motif (déclaré) de la perte du logement.

En revanche, et les auteures s’en expliquent très clairement, la présence d’enfants aux côtés des personnes interrogées est aussi corrélée aux meilleures conditions d’hébergement et de prise en charge pour les femmes que pour les hommes. A ce moment de l’article, on comprend que les enjeux de cette problématique ne sont pas tout à fait ceux auxquels on s’attendait.

D’une part, la présence d’enfants influe favorablement sur les conditions d’hébergement des personnes sans domicile. D’autre part, les femmes sans domicile sont, à la fois numériquement et proportionnellement, plus souvent accompagnées d’enfants que les hommes. C’est donc d’abord leur statut de mère, lié aux rôles sociaux distincts attribués aux deux sexes, qui permet à ces femmes

l’accès à une protection relativement meilleure que celle des hommes. Si les trajectoires biographiques des femmes sans domicile oscillent entre vulnérabilité et protection, la frontière entre ces deux pôles est perméable

Enfin, les travailleurs sociaux ont un discours plutôt universaliste vis-à-vis de l’accompagnement de ces femmes. On travaille l’état de la personne et pas son genre. Leurs orientations dans des structures où elles sont incitées à réaliser des travaux très genrés cependant (cuisine, couture, tricot, etc.) conduisent aussi à reproduire des inégalités entre les sexes. Les pratiques des professionnel·le·s du travail social ne sont donc sans doute pas uniquement vectrices de protection pour les femmes sans domicile : la protection institutionnelle dont elles bénéficient semble également contribuer à les enfermer dans certaines normes de genre qui contraignent fortement leurs trajectoires de vie.

 

D’après l’article de Loison-Leruste et Gwenaëlle Perrier.

 

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